Depuis 2016, le Foyer schaerbeekois met une dizaine de petits logements à disposition de sans-abri via le programme Housing First. L’expérience montre non seulement que la réinsertion est possible pour des personnes qui vivent en rue depuis de nombreuses années. Mais également que les sociétés de logements sociaux soutenant le Housing First y trouvent leur compte. Séverine Galoppin, assistante sociale pour le service d’accompagnement social des locataires sociaux (SASLS) et également pour le Foyer schaerbeekois nous explique comment le projet a pris, petit-à-petit, de l’ampleur.

BIS+ : Qu’est-ce que le Foyer schaerbeekois ?

S.G :« Le Foyer schaerbeekois fête ses 120 ans. C’est une des plus anciennes sociétés de logements publics en Région de Bruxelles-Capitale. Son parc immobilier rassemble pas moins 2500 logements sociaux, situés entre autre dans le quartier de la Cité Jardin à Schaerbeek. Une partie du patrimoine immobilier est constituée de logements très anciens qui ne sont pas facile à louer, soit parce que les rénovations ne sont pas tout à fait clôturées, soit parce qu’ils sont de petite taille. Depuis trois ans, suite à une demande du SMES, nous mettons plusieurs de ces logements à disposition de locataires Housing First. Et le bilan est positif. Malgré le cumul initial de problématiques liées à leur long parcours de rue, à la maladie mentale et à des addictions, les locataires sont toujours dans leur logement. »

BIS+ : Pourquoi, en tant que société de logement social, s’être lancée dans l’aventure du Housing-First ?

S.G  : « Notre philosophie est de dire “Si ce n’est pas pour les sans-abri, pour qui est le logement social ?” On ne peut pas exiger de personnes qui vivent une vie extrêmement précaire, qu’elles répondent comme les autres aux démarches administratives lourdes pour l’obtention d’un logement social et qu’elles patientent des années alors qu’elles vivent au jour le jour. Le logement est le moyen de stabilisation par excellence. En plus de la garantie d’accompagnement intensif organisé par le SMES, nous sommes aidés par un autre incitant. L’occupation du logement repose sur un système de bail glissant : les usagers bénéficient d’abord d’un contrat de bail de dix-huit mois signé par un projet Housing First. C’est l’association, qui assure la garantie locative, le loyer et l’accompagnement des locataires. Dix-huit mois après la mise en logement, le participant ayant gagné en autonomie peut signer un contrat de bail classique avec notre société de logement social. »

BIS+ : Comment se passe l’intégration des locataires Housing-First ?

S. G. : Les logements sont situés dans de petits immeubles parfois agrémentés d’un jardin au sein desquels la convivialité est plus facile à installer que dans les grandes tours anonymes où les gens sont un peu perdus. Il est important pour nous de traiter ces locataires dès le début comme des locataires classiques : nous sommes présents lors de l’état des lieux et lors de la signature du contrat, lors de la visite d’accueil après deux mois, et au sein des médiations en cas de conflit de voisinage, … Nous veillons à faire rapidement connaissance avec les locataires Nous remarquons qu’une fois que nous avons eu un contact avec des locataires, ils reprennent parfois contact avec nous, d’eux-mêmes. La première barrière est la plus difficile à franchir. Bien que d’« anciens locataires » du Foyer schaerbeekois craignent parfois l’arrivée de locataires dont ils ne savent rien, ils sont vite rassurés par la présence du réseau très proactif instauré par le SMES. Ordinairement, il nous faut énormément de temps pour mettre en place un réseau. Avec le Housing First, non ! L’équipe se charge dès le départ d’assurer les bases de relations saines avec le voisinage. Un accueil de l’ensemble des nouveaux locataires est assuré par le SMES, ce qui fait que le premier contact n’est jamais problématique. L’intégration au sein des immeubles est bonne. »

BIS+ : Cela vous surprend ?

S.G : « On constate surtout que les locataires Housing-First ne sont pas différents de nos autres locataires. Ils ne sont certainement pas plus difficiles que d’autres. Ce sont des personnes discrètes qui ne se plaignent que rarement, qui n’ont pas beaucoup de meubles, qui vivent sans compagne ou compagnon…. Et on peut avoir une confiance totale dans le réseau, tant pour la qualité du contact avec l’équipe que pour le règlement de contentieux s’il y en a. Même si en général l’expérience est positive, il y a parfois des difficultés comme des conflits de voisinage ou autres… mais les rares fois où des problèmes se sont présentés, c’était plutôt dû à des visiteurs de locataires qu’aux locataires eux-mêmes. »

BIS+ : L’équipe Housing-First intervient donc en complément de ce que vous pouvez offrir, au vu des profils d’hébergés qui peuvent être complexes…

S.G : « Oui. Etant donné que les équipes Housing First sont multidisciplinaires, elles permettent un accompagnement psycho-social très intensif calqué sur les besoins fluctuants de la personne. La flexibilité et la créativité sont les éléments-clés de leur travail. L’autre gros point fort, c’est la mobilité qui permet à différents membres du réseau de venir à nous. Ce ne sont donc pas toujours les mêmes travailleurs du SMES que les locataires rencontrent. Mais ce sont toujours des relations de confiance et de respect tissées pas à pas, dans des logiques de non-jugement et d’inconditionnalité des soins qui permettent ces résultats. »

BIS+ : Y a-t-il de nouveaux projets de votre côté ?

S.G : « Nous constatons que certains opérateurs de logement sont lents à franchir le pas parce qu’ils ne souhaitent pas prendre de risque, par peur de l’échec. Il est temps qu’ils prennent ce défi à bras le corps et que le Housing First se développe. Il faut aussi que les responsables politiques mettent en place plus de leviers structurels pour permettre l’accès à ce type de logements. C’est l’ensemble de la société qui doit faire preuve d’ouverture d’esprit en montrant sa volonté d’assurer un toit et une vie décente pour ces personnes. Pour nous, l’envie de continuer ne manque pas et nous prévoyons d’octroyer de nouveaux studios, car on voit que ce modèle à la croisée de la santé mentale, de la toxicomanie, de l’aide sociale et de l’accès au logement fonctionne réellement bien. On est fiers du projet. Nous souhaiterions juste avoir plus de moments de collaboration avec les équipes Housing First. Nous ressentons parfois une petite réticence de la part des accompagnateurs à nous intégrer dans l’accompagnement des locataires, mais globalement, ça se passe très bien. »

C.VDB, CBCS asbl, le 1/08/2019